GE86 - Entraide généalogique dans la Vienne

AdP 04/10-27/12/1787, v.13
Du 15 novembre 1787
Réplique de M. Piorry, Maître Chirurgien en cette ville, ci-devant Chirurgien des armées navales, à M. le Curé de S.G..., aux environs de Civrai
J'avois pris, M., pour une réponse votre lettre insérée dans la Feuille du 25 octobre, & j'y avois répliqué ; mais le style & le mode différens que vous employez pour la réponse que vous me faites l'honneur de m'adresser directement le 1er novembre, lui méritent assurément la préférence sur la précédente.
Vous vous êtes trompé, M. ; relisez ma lettre, & vous verrez que je n'avois pas l'intention d'éclaircir les doutes & les incertitudes que vous avez proposés. Car je vous priois alors de m'expliquer bien des endroits de votre écrit que je ne concevois pas facilement. Je vous ai dit enfin que, fâché de ne pouvoir vous suivre dans vos raisonnemens, j'avois recours aux principes reçus pour me rendre compte des causes de la mort subite des Moissonneurs.

Si ces principes ne vous avoient pas été inconnus, vous vous seriez apperçu que les idées de M. Lemit ne sont point aussi opposées aux miennes que vous l'avez imaginé. L'asphyxie n'est en effet qu'une diminution si grande de la sensibilité & de l'irritabilité, qu'elle est bientôt suivie de l'extinction parfaite de ces facultés, si les asphyxiés ne sont pas promptement secourus.
Il est étonnant que vous n'ayez pas ajouté à vos connoissances celles des lois de l'irritabilité & de la sensibilité. Il est plus étonnant encore que, ne sachant pas en quoi consiste la vie, vous ayez tenté de conserver celle de vos paroissiens malades. Vous avez donc donné au hasard ; & cette méthode, vous en conviendrez, n'est pas toujours heureuse & satisfaisante pour une âme délicate & sensible. Ne croyez pas vous en défendre en disant que les Buchan & son traducteur, les Tissot, les Jâmes, les Hecquet, mêmes les Lientaud vous servent de guide dans ces circonstances. Écoutez ce que dit le célèbre Cullen : « Les Médecins qui ont voulu mettre leur art à laportée de tout le monde, sont au-dessous de la critique. La Médecine ne peut s'apprendre d'une manière empirique, parce que les faits sont très défectueux ; c'est pourquoi ceux qui ont tenté cette voie, tels que Lieutaud (& ceux que vous citez), sont tombés dans une infinité d'erreurs. Cet Auteur a toujours fait de très mauvais raisonnemens ; il préfére des remèdes sans action, & les applique sans distinction... Il est rare qu'on puisse se fier au récit qu'il donne des maladies. »
Si vous aviez lu & médité les bons ouvrages des Bordeu, des la Caze & des Minvielle, vous aurize appris comme moi que les concentrations de forces ne sont pas des termes pompeux, mais des phénomènes qui se passent journellemenent sous vos yeux.
Pour vous prouver enfin que les termes vides de sens ne me séduisent pas davantage que ce qui est supposé & imaginé, je vous déclare que je n'admets en Médecine, comme en Chirurgie, que ce que je juge par mes sens, & ce qui m'a démontré par des expériences répétées ; &, pour vous en convaincre, je vais sommairement vous rendre compte de mes idées sur l'irritabilité & la sensibilité ; vous tirerez ensuite des conclusions plus aisées & plus sûres de ce que j'ai dit dans ma première lettre.
Toutes les parties du corps humain qui ont la faculté de se contracter, de se roidir, en un mot, d'exercer un mouvement quelconque lorsqu'elles sont irritées par l'action d'un stimulus, je dis que ces parties jouisent absolument de l'irritabilité.
Si ces mêmes parties, après avoir été stimulées, & après avoir éprouvé quelque changement dans leur mode ordinaire, nous procurent de la douleur ou du plaisir, des appétences ou des répugnances, il est incontestable qu'elles jouissent de la sensibilité.
Ces facultés innées dans les animaux se sont cependant, à proprement parler, que des dispositions très prochaines à se mouvoir & à sentir, & elles deviendroient absolument nulles, si les nerfs qui parcourent leur tissu, ne les mettoient pas en jeu. Voyez les expériences de Bellini, Vieussent, Haller, Bordeu, &c.
Les nerfs n'agissent pas encore par leur action propre, mais par l'action d'un fluide auquel ils servent de conducteur, & qu'on appelle fluide nerveux.
Ce fluide nerveux a tant d'analogie avec le fluide électrique, que je crois, avec Newton, de Sauvages, Linaeus, Bancroft, Walsh, Achard, Berthelon, &c., que c'est absolument ce grand agent de la nature qui a été modifié par l'action du cerveau. Consultez les ouvrages des Savans que je vous cite, & vous y trouverez des expériences concluantes.
L'action du fluide nerveux s'exerce sur la fibre animale, pendant tous les instans de la vie ; c'est ce même fluide qui lui donne un mouvement continu, que nous appellons mouvement fibrillaire, & qui est la vraie cause de la chaleur animale. J'estime encore que c'est l'action de ce fluide, qui vivifie la fibre motrice, & lui donne le pouvoir de résister, jusqu'à un certain point, aux impressions de l'éther ; qui arrête la désunion de nos parties élémentaires ; qui imprime à nos parties molles, en les irritant modérément, une tendance à se contracter, en les tenant dans un léger degré de tension, de fermeté, de cohésion ; & ce sont ces modifications que j'appellerai force tonique, force conservatrice des anciens, force vivante de Haller, force submusculaire de Ferrein, & qui est toujours en opposition avec la force élastique.
Cela posé, il paroît superflu de vous observer qu'il faut que la fibre animale conserve son degré naturel d'irritabilité & de sensibilité, pour que le fluide nerveux exerce sur elle sa puissance stimulante ; que ce degré d'irritabilité & de sensibilité est différent pour chaque individu, & que c'est probablement la vraie cause des variétés de tempéramens, & de la multiplicité des appétences & des répugnances.
Je dois actuellement vous prévenir que les deux facultés dont il est question, éprouvent des changemens manifestes par les impressions du froid & du chaud, &, de plus, qu'il existe dans la nature des substances qui peuvent détruire subitement, comme le font les mophètes & certains poisons que je me garderai de nommer.
Le froid modéré est tonique ; s'il est longtemps soutenu, il devient sédatif alors il émousse la sensibilité & l'irritabilité, & la fibre motrice s'engourdit : s'il est excessif & continu, il détruit totalement les sources du sentiment & du mouvement. Consultez les écrits de Boerhaave sur le danger qu'il courut en voyageant en voiture par un froid très vif.
La chaleur modérée est excitante ; si nous supportons trop longtemps ses effets, l'irritabilité & la sensibilité, trop constamment exercées, s'affoiblissent, & cèdent enfin à l'action de ce nouveau stimulus : elles cèderont donc d'autant plus vite, que le degré de chaleur sera plus fort.
D'après ces principes, la cause de la mort subite des Moissonneurs m'a paru évidente ; &, sans avoir recours à de subtils raisonnemens, j'ai conclu que la sensibilité, l'irritabilité, & la force tonique qui en est le produit, ayant été subitement détruites, la force élastique est devenue libre ; qu'elle a écarté les fibres motrices, qui, en s'éloignant, ont causé le gonflement donc vous avez parlé.
Le sang ne joue donc pas un si grand rôle que Buchan & les autres vous l'avoient laissé croire : en effet, ce fluide est purement passif, & si soumis à l'action des solides, que dans un instant ils peuvent lui faire éprouver bien des modifications différentes. Voyez ce qu'à dit Cullen du sang d'un épileptique tiré de son bras pendant un paroxysme, & de la différence que présenta celui qu'on lui tira immédiatement après le même accès. Lisez encor les expériences des Dehoen, des Lamure, des Hewson, &c., & vous aurez une juste idée des fonctions de ce fluide dans l'économie animale. Pour vous confirmer dans les principes de ces premiers Savans, méditez l'heureuse découverte que nous devons à l'immortel Franklin, je veux dire la doctrine de l'action & de la réaction, qui a été si bien expliquée par le célèbre Cullen, & alors vous jugerez sainement de l'effet des vomitifs.
Vous rapportez tous les faits qui vous sont connus, pour nous persuader que l'invention de votre miroir ardent doit être admise : pour vous obliger, je m'efforcerai de le croire ; mais, quoiqu'il en arrive, ne vous mettez pas en peine : si la nature a ses écarts, la raison peut avoir ses abus.
Vous me demandez principalement mes réflexions sur le gaz méphytique : je tiens à mon premier sentiment.
En effet, le gaz méphytique est absorbé par l'eau ; il la rend aigrelette. Le gaz inflammable, au contraire, s'unit difficilement à ce liquide ; il dépose à sa surface une matière fixe, de couleur d'ocre, s'il a été tiré du fer, & de couleur blanche, s'il a été tiré du zinc.
Les animaux meurent également subitement, & les lumières s'éteignent aussi, lorsqu'on les plonge dans l'air fixe, dans l'air nitreux, dans l'air inflammable, dans l'air qui a été usé & diminué par la combustion, la calcination, la respiration & la putréfaction.
Mais au contraire, si on enferme une jeune souris dans un vaisseau contenant sept pouces d'air atmosphérique, elle y vivre l'espace de demi-heure ; une autre souris de même force vivera l'espace de deux cent quarante minutes dans un vaisseau de pareille capacité, & rempli d'air déphlogistiqué. Voyez les expériences de Fontana.
Je [...] que j'ai de vous écrire, & le désir que j'ai de satisfaire aux questions savantes que vous me faites, vous soient également connus.
J'ai l'honneur d'être, &c.

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