GE86 - Entraide généalogique dans la Vienne

Par le curé de Champniers


"Le trois de juillet le Seigneur fit entendre sa voix
dans ma paroisse et dans plusieurs autres circum voisines
de Civray. Vers les cinq heures du soir il ordonna
au vent, à l'eau, au feu, au tonnerre, de se mêler et confondre
ensemble pour former un tourbillon horrible destructeur
de la plus précieuse portion de nos arbres, tels que les
châtaigniers et noyers, mon pinceau n'est pas assez
fort pour en tracer le tableau ; je frémis d'y penser,
j'appelle à moi dans ce moment toutes mes pensées, mes
sentiments et tout cela bouillonne dans ma tête, il me
semble jusque sur le papier j'éprouve en même temps
que malgré l'effervescence de mes efforts toute
l'énergie de l'expression ne peut se proportionner à
ce que je voudrais exprimer. Figurez-vous donc une
obscurité effrayante que les plus vifs éclairs n'interrompent
que pour exciter dans le fond de l'âme un saississement
qui recommence à tout instant on ne distingue point
dans l'instant lequel des éléments dont la toute puissante
main de Dieu a rompu l'équilibre fait le plus de fracas
l'éclat du tonnerre intercepté ne le propage point
jusqu'à l'oreille, mais il n'en faut pas douter il est dans
cette affreuse discordance la plus forte voix. La terre comme
ébranlée ne peut retenir les arbres, les uns tombent en
entier couvrant un terrain considérable ensemencé, d'autres
perdent leurs branches que le tourbillon disperse au
loin et de tous côtés.
Le fracas de leur chute n'est point entendu
un moindre bruit est absorbé par le plus grand, Dieu
qui nous ménage en nous frappant semble cacher les
convulsions de la nature pour ne pas tant effrayer ceux
qui surpris par l'orage dans les chemins, se jettent dans
des fosses sous les haies pour attendre pendant une heure
et demie quel sera leur sort.
Retiré dans mon église j'attendais aussi avec la frayeur
d'un pilote qui tient à peine le gouvernail la fin de la
tempête, et pour rentrer dans ma maison il m'eut fallu
un bateau, la rivière domestique que la pluie avait
formé ne s'écoula pas aussitôt que je l'aurais souhaité
A peine puis-je joindre un lit qu'un hôte d'une chambre au-dessus avait garanti. Mais j'étais le moins à plaindre
Tout le public gémissait non seulement sur le mal déjà fait
mais encore sur le danger que la moisson semblait couvrir
car les blés renversés paraissaient plus disposés à la pourriture
qu'à la maturité et la continuité des pluies fortifiait cette
appréhension, lorsqu'enfin le ciel tout à coup redevint
serein, sécha la faucille du moissonneur, les prières
publiques prescrites par un mandement de Monseigneur en date du 2 août
fixèrent le temps au beau et la chaleur
prépara tant soit peu le dommage qu'avait souffert le
grain amassé dans l'eau.
Je n'omettrai point la circonstance d'un fait arrivé
dans ma maison, une planche de mon grenier chargée
de cent livres de laine céda sous l'action de l'air, il
était entré dans une chambre au-dessous par les vides des
vitres que des carreaux qui manquaient avaient laissés,
le premier entré ne pouvant rétrograder mais étant
repoussé par le nouveau qui survenait sans cesse fit
effort contre cette planche qui lui résista moins, la
décloua, la fit sauter et s'échappa par les lucarnes
du grenier, sans cette salutaire évasion qui sait
si la maison d'ailleurs peu solide en eut été quitte
pour un simple ébranlement, en supposant la
résistance égale de toute part l'air eut sûrement
fait quelque effort funeste comme il n'arriva que
trop souvent dans les souterrains ou il peut à peine
se faire une issue, c'est pourquoi les soupiraux par
lesquels l'air s'échappe avec tout ce qui s'est allumé dans
les entrailles de la terre, qu'on regarde comme les
fléaux du pays où ils se trouvent, dans les dessins de Dieu
en sont le véritable salut. Conclusion un évènement
de cette conséquence sera l'époque la plus remarquable
de l'année mil sept cent soixante dix sept il doit
nous pénétrer de reconnaissance de ce que Dieu en brisant les arbres s'est contenté d'avertir les habitants de la terre.
J'ai l'honneur de certifier à Mr le procureur du roi que j'ai lu aux prônes dudit Champniers. Signé : Maignen, Curé de Champniers."


BMS - 1776-1789, v.16 et 17/110

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