GE86 - Entraide généalogique dans la Vienne

Il paroît, M., par une note que vous avez mise au bas de la Lettre de M. Toutant-Beauregard, N° 38 d'une de vos Affiches, (1774) que vous voudriez réunir à votre Province la ville du Blanc, située sur la Riviere de Creuse, & coupée en deux portions par cette Riviere. La partie qui est de votre côté & que l'on appele la ville haute, est régie par la Coutume du Poitou, & porte par appel ses Causes à Montmorillon ; l'autre moitié appelée la ville basse, & régie par la Coutume du Berry, est du ressort de Châteauroux ; malgré toutes ces différences, l'une & l'autre portion sont constamment du Diocèse & de la Généralité de Bourges. Je voudrois bien pouvoir revendiquer également M. Dubrac de-la-Salle, dont il est parlé dans la même note, ainsi que dans une Lettre de M. Duboueix, Médecin de Clisson en Bretagne, même Affiche ; mais né à St Benoît-du-Saut, en Poitou, dans une famille honête & distinguée, il s'est fixé depuis plusieurs années en la ville du Blanc, où il exerce avec honeur la profession de Médecin ; ainsi il vous apartient incontestablement. Placé, M., entre ces deux Provinces, il est le premier qui leur ait donné l'exemple de l'Inoculation, en éprouvant cette méthode avec le succès le plus complet sur sa famille & sur plusieurs enfans de la premiere Noblesse du pays, dans un temps où cette pratique salutaire étoit généralement regardée comme dangereuse, & contraire même aux principes du Christianisme. Cela fait bien voir jusqu'à quel point M. Dubrac de-la-Salle a su s'atirer la confiance de tous ceux qui le connoissent. Pour moi, qui n'ai jamais eu l'avantage de le voir, ni de lui parler, je sais à n'en pouvoir douter que tout ce qu'il a exposé par sa lettre insérée dans votre Feuille du 23 Juin dernier, est exactement vrai, témoignage de ma part, dont il n'a assurément pas besoin, mais que je crois devoir rendre gratuitement à un Citoyen utile & vertueux. Je dis plus, M., & je crois que bien d'autres l'auront remarqué comme moi, je trouve que M. Duboueix, Médecin de Clisson, le prend avec lui sur un ton peut-être trop avantageux, & lui fait un reproche qu'il ne mérite pas, Aff. du 22 Septembre dernier, car M. de la Salle, en faisant sentir que, pour empêcher la communication de la petite vérole, il est plus prudent d'inoculer dans les campagnes que dans les villes, n'a fait que répéter ce que plusieurs autres ont dit avant lui. En effet, on a observé qu'avant la pratique de l'Inoculation, la petite vérole ne se manifestoit dans nos villes que de six en sept ans ; au lieu qu'à présent que le virus variolique y est journèlement mis en mouvement par le moyen de l'Inoculation, cette cruele maladie y est beaucoup plus fréquente. M. Duboueix a beau dire que la communication de ce mal étant en raison directe de la quantité des miasmes qu'exhale la surface totale des boutons, & l'Inoculation n'en donnant qu'un très-petit nombre, cette émanation & les risques qui s'en suivent doivent être d'autant diminués, une pareille réponse ne satisfait pas : car si dix ou douze boutons, dont se contentent ordinairement les Inoculateurs, contienent toute la matiere variolique d'un individu, je ne crois pas que tout ce virus contenu dans douze boutons, puisse exhaler moins de miasmes que s'il étoit répandu & divisé dans un plus grand nombre de pustules. Cette multitude de boutons dont se trouvent couvertes les persones qui n'ont point été inoculées, ne provienent que d'humeurs impures, que de mauvais levains étrangers au virus, mais que celui-ci entraîne avec lui au dehors, après que le tout ensemble a essuyé une vive fermentation, ce qui n'arive point dans les sujets qui ont été bien préparés. Il est donc indifférent pour la propagation de cette maladie, qu'il y ait plus ou moins de boutons ; puisque dans l'un ou l'autre cas le virus variolique dévelopé tout entier, doit aussi s'exhaler tout entier. D'ailleurs l'usage où l'on est actuélement d'ouvrir les fenêtres, de rafraîchir l'air des apartemens où sont les malades, contribue plus que jamais à répandre au loin la contagion. Envain M. Dubouiex défend-t-il à ses Inoculés de se promener pendant l'éruption, dans les voitures & sur les places publiques ; cela ne suffit pas pour prévenir l'abus dont il s'agit ici : car dès qu'il leur permet de prendre l'air à leurs balcons, à leur fenêtres, cet air empoisoné, & par leur soufle & par l'exhalation des pustules, circule, gagne du pays & se communique de proche en proche, quoique les malades ne se promenent pas. Cela étant, nous dit M. Duboueix, l'Inoculation ne poura donc être pratiquée que sur des persones riches, que sur ceux qui ont des maisons de campagne, ou qui ont la commodité de s'y transporter. Eh quoi !y en a-t-il d'autres, quant à présent, qui se fassent inoculer ? la classe du peuple abrutie par la misere, livrée à toute la force des préjugés, moins atachée à la vie, moins jalouse de conserver les agrémens de la figure que les persones qui sont dans l'aisance, n'est pas encore disposée à jouir des avantages de l'Inoculation. En attendant que cette pratique lui deviene familiere, est-il juste que, victime déja de tant de façons, du caprice & de la dureté des riches, elle le soit encore des précautions qu'ils croiront devoir prendre pour se garantir des ravages de la petite vérole naturele ? isolez les hommes, si vous voulez qu'ils vivent sainement & long-temps ; mettez-les à de grandes distances les uns des autres, si vous avez envie de travailler avec succès à la guérison de leurs maladies, mais choisissez toujours par préférence, l'air pur, salubre & vivifiant de la campagne. N'est ce pas déja trop que d'être entassés les uns sur les autres dans les villes, que d'y respirer l'odeur empestée des boucheries, des tanneries, des cimetieres, & même des Hôpitaux, sans ajouter encore à tant de foyers particuliers celui de l'Inoculation. (D'Argenton en Berry, le 3 Octobre 1774.)
ADP 5 janvier 1775 - vue 3
ADP N° 2, du 12 janvier 1775, p. 5

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