GE86 - Entraide généalogique dans la Vienne

Je vous dirai, M., que notre ami commun, M. Duber, m'a fait le plaisir de venir passer une partie de l'Autone avec moi. Il a été souvent question de vous dans nos entretiens, & nous nou proposions bien l'un & l'autre de vous fournir quelques matériaux pour vos Feuilles ; mais comme vous n'en manquez pas d'ailleurs, & que nos occupations journalieres ne nous en ont pas laissé le temps, nous avons remis l'aquitement de cette dette à une autre fois. M. Dubet a laissé dans tout notre pays une assez mauvaise opinion de sa persone, & je ne me flate pas qu'on y en ait une meilleure de moi. Que penser en effet de deux hommes qui couroient les champs depuis le matin jusqu'au soir, & qui ne s'arrêtoient que pour ramasser avec empressement des pierres dont ils revenoient chargés ? les gens qui nous voyoient ainsi occupés, ne devoient-ils pas croire que nous étions des foux à lier ? ces pierrres, M., dont les terres à froments des environs de ma maison de campagne sont toutes couvertes, sont ds coquillages de mer pétrifiés : à la vue de ces riches morceaux d'Histoire Naturele, pouvions-nous résister à la tentation d'en faire une collection complete ? M. Dubet en fit partir, étant encore ici, une caisse pour Paris, où il doit passer l'hiver, & je me dispose à lui en envoyer encore une autre dans les premiers jours du mois prochain. De pareilles découvertes font naître dans l'esprit bien des réflexions, & on finit par être de l'avis de M. de Buffon, qui prétend que la mer, pendant des siecles entiers, a couvert les pays que nous habitons. (La suite à l'Ordinaire prochain.)
ADP, n° 16, du 20 avril 1775, page 66

Suite de la 8e Lettre de M. de Scévole
Revenus de nos courses, nous nous délections quelquefois à manger des pommes de terre, dont nous sommes l'un & l'autre très partisans. J'en cultivois avant d'avoir fait la connoissance de M. Dubet : mais c'est à lui sur-tout que je dois l'avantage de les faire paroître sur la table en cent façons différentes ; tantôt cuites sous les cendres, pelées ensuite & coupées par legeres tranche, on les sert sous un gigot de mouton, une longe de veau, une dindon, un canard, &c. tantôt on en fait des étuvées, des ragoûts, des bouletes, des beignets, &c. Susceptibles de tous les assaisonemens, de tous les goûts qu'on désire leur donner, il n'arive jamais qu'on en soit incommodé ; & on peut dire même que ces plantes naturélement farineuses sont amies des estomacs les plus débiles. Aussi nous est-il arivé souvent de laisser d'excellente viande de boucherie, de bonne volaille & du gibier de toute espece, pour nous en tenir aux seules pomme de terre ; J'en fais faire des tartes qui sont plus saines, plus légeres & tout aussi bonnes que celles qu'on a coutume de faire avec des amandes. Au lieu de ces derniers fruits dont la pâte est toujours lourde & pesante, on en compose une de pommes de terre cuites sous les cendres, à laquelle on mêle quatre à cinq amandes ameres afin d'en relever le goût, de depayser les gens, & leur donner le change. Je me trouve si bien de ces tartes, que quoique je recueille beaucoup d'amandes, je leur préfère les pommes de terre. Je ne vous dirai rien, M., de l'étonante multiplication de ce précieux végétal ; de la ressource qu'on a d'en faire de très-bon pain dans les années de disete, & même en tout autre temps. Je ne vous parlerai point non plus de la facilité qu'on a d'engraisser les porcs, la volaille, avec nos patates ; ce qui épargne les grains destinés à la nouriture de l'homme. Je suppose que vos Poitevins savent tout cela, & je vous avoue que je regarderois comme barbare un pays où les avantages inestimables de ce riche présent de la nature seroient inconnus ou méprisés. Si je me suis étendu sur cet article important, c'est que vous m'en avez vous-même fourni l'occasion dans une de vos Affiches (8 de ce mois) en recomandant à vos Concitoyens la culture & l'usage de ces plantes, dont depuis long-temps on connoît tout le prix en Franche-Comté, en Picardie, & dans plusieurs autres Provinces de la France. (Au Château de Villebuxiere, sur les confins du Poitou, le 25 Décembre 1774.)
ADP, n° 17, du 27 avril 1775, page 71

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