La terreur s’affiche en gros caractères dans les journaux. Elle est à Munich, à Nice, en Egypte, au Liban, en Afghanistan, à Alep… Ce degré supplémentaire de la peur est né au Moyen Âge souligne l’historien Philippe Walter dans Terreur et représentation. L’époque médiévale, avec son lot de guerres interminables, de famines, d’épidémies et de crises politiques, est l’ère de la peur omniprésente. Elle bascule cependant peu à peu dans la terreur sous la direction de l’Eglise. Elle passe d’une inquiétude éphémère, semblable à la pavor qui a donné le mot français « peur », à la terror qui suppose l’effroi et l’épouvante. Un sentiment qui paralyse et détruit.
Entre la peur et la terreur, Philippe Walter désigne une différence de degré, mais aussi d’usage. La terreur « semble supposer aussi un pouvoir manipulateur qui utilise ce pouvoir destructeur à des fins propres », écrit-il. Les malheurs qui frappent l’époque médiévale sont propices au développement de la peur, mais celle-ci avait déjà été préparée voire entretenue par l’Eglise. Cette dernière joue sur la peur naturelle de la mort et la transforme en terreur en peuplant l’au-delà de créatures infernales vouées à châtier les humains et pouvant potentiellement faire irruption dans la vie terrestre des hommes.
Dès le XIe siècle, Walter note une poussée de phobies diaboliques qui se répand et s’amplifie durant les siècles suivants. L’art et la littérature reflètent cette terreur nouvelle. La Divine Comédie de Dante en est le parfait exemple. L’Eglise entretient et utilise ce sentiment pour mieux asseoir son pouvoir et son autorité. La conséquence de cette terreur c’est la résurgence de la figure du bouc émissaire. Les minorités (juifs, hérétiques, lépreux…) perçues comme des menaces pour la stabilité sociale sont réprimées.
 

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