Nous sommes le 3 juillet 1883. Dans l’édition du Gil Blas, quotidien français auquel participent des plumes notoires, Guy de Maupassant écrit à Pierre Decourcelle, homme de lettres comme lui :
" Mon cher ami, tu n'y comprends rien. Et je le conçois. Tu me crois devenu fou ? Je le suis peut-être un peu, mais non pas pour les raisons que tu supposes. Oui. Je me marie. Voilà. Et pourtant mes idées et mes convictions n'ont pas changé. Je considère l'accouplement légal comme une bêtise. Je suis certain que huit maris sur dix sont cocus. Et ils ne méritent pas moins pour avoir eu l'imbécillité d'enchaîner leur vie, de renoncer à l'amour libre, la seule chose gaie et bonne au monde, de couper l'aile à la fantaisie qui nous pousse sans cesse à toutes les femmes, etc., etc. Plus que jamais je me sens incapable d'aimer une femme parce que j'aimerai toujours trop toutes les autres. Je voudrais avoir mille bras, mille lèvres et mille... tempéraments pour pouvoir étreindre en même temps une armée de ces êtres charmants et sans importance. Et cependant je me marie. J'ajoute que je ne connais guère ma femme de demain. Je l'ai vue seulement quatre ou cinq fois. Je sais qu'elle ne me déplaît point ; cela me suffit pour ce que j'en veux faire. Elle est petite, blonde et grasse. Après-demain, je désirerai ardemment une femme grande, brune et mince (... ) Alors pourquoi me marier, diras-tu ? J'ose à peine t'avouer l'étrange et invraisemblable raison qui me pousse à cet acte insensé. Je me marie pour n'être pas seul (…) "

Emission de la RTBF - Un jour dans l'Histoire
Invitée : Caroline Esgain, commissaire de l’exposition « Just married, une histoire du mariage » au Musée du Costume et de la Dentelle, à Bruxelles.

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