La fréquence des accouchements gémellaires en France

La triple influence de la biologie, de la médecine et des comportements familiaux

Gilles PISON(*) et Nadège COUVERT(*)

La dimension biologique des phénomènes observés par les démographes peut parfois paraître déterminante voire exclusive. Dans certains cas pourtant, l’influence des comportements individuels et sociaux est décisive. Gilles PISON et Nadège COUVERT en font ici une belle démonstration, en s’appuyant sur des séries longues de données. La proportion des naissances gémellaires n’a cessé de varier en France depuis au moins le XVIIIe siècle, sous l’influence de l’évolution de l’âge à la maternité, des guerres, de la limitation volontaire de la fécondité ou, plus récemment, de la lutte contre la stérilité. Pour ne citer que l’un des résultats remarquables livrés ici par les auteurs, les traitements médicaux destinés à favoriser la grossesse seraient responsables des deux tiers de la hausse de la gémellité enregistrée depuis une trentaine d’années, dont la proportion est passée de 0,9 % à 1,5 % des accouchements.


La proportion d’accouchements gémellaires, autour d’un accouchement sur 100 en France jusquà une période récente, a pu longtemps apparaître comme une constante de l’espèce humaine ne dépendant que de la biologie, un peu comme la proportion de naissances masculines et féminines, figée autour de 105 garçons pour 100 filles. Le taux de gémellité a pourtant varié en France depuis le XVIIIe siècle, tantôt à la hausse, tantôt à la baisse. Et depuis le début des années 1970, il a connu une hausse spectaculaire de près de 70 %. Quels sont les facteurs responsables de ces variations ? Dans cet article, nous montrons qu’ils sont relativement nombreux et relèvent à la fois de la biologie et des comportements. Sensible à différents effets où interagissent biologie, médecine et société, le taux de gémellité est un indicateur précieux des changements biologiques et sociaux.
(*) Institut national d’études démographiques, Paris
Lire la suite de l'étude